| Lettre d'un officier
français rescapé du désastre, écrite de Porstmouth et datée du 12 août
1795 (quelques semaines seulement après la fin des combats). Emouvant
témoignage inédit sur le débarquement et les combats - "Ma bonne tante,
mon amie, mon tout ! Comment vous dépeindre l'horreur dont j'ai été témoin
! Comment vous exprimer mon infortune ! Comment vous dire et les nombreuses
fautes que nous avons faites et la honte dont nous sommes couverts ..
je vais vous faire un journal succinct de tout ce qui nous est arrivé.
Nous partimes de Southampton le 10 juin croyant aller à Jersey, escorté
seulement par une frégate ; mais le 11 trois vaisseaux de guerre vinrent
nous joindre, ainsi que 4 frégates, 4 chaloupes canonnières, 3 .. aviso
: le tout commandé par Sir Johan Waren. Nous fumes alors persuadés que
nous avions une destination particulière. Le 17 nous trouvames l'escadre
du Lord Bridport .. le 18 coup de vent. Le 19, le Lord Bridport, persuadé
que la flotte française est dans Brest, se décide à établir sa croisière
sur Ouessant. Le 22 on signale la flotte française composée de 13 vaisseaux
de guerre ; nous n'étions qu'à 1 lieue d'elle. Si elle eut osé nous étions
tous pris sans pouvoir échapper, elle mit de l'incertitude dans ses mouvements
et donna le tems au Lord Bridport d'arriver d'Ouessant à 15 lieue de là
pendant la nuit; le 23 à peine fut-il apperçu que les français voulurent
se retirer, mais leurs manoeuvres furent lentes et mauvaises. On coupe
3 vaisseaux qui furent pris et le reste se sauva à L'Orient. Le 25 nous
entrâmes dans la baie de Quiberon. Le 26 grande incertitude pour le débarquement,
qu'on juge impraticable par le peu de monde que nous étions .. au plus
fort nous n'étions que 2.500 hommes, sans cavalerie. Le 27 on se décide
à débarquer, 200 français nous attendent sur la côte, mais sont bientot
repoussés, et les chouans (mot nouveau pour nous et gens extraordinaires
pour tous ceux qui les connaitrons) arrivant de toute part, les uns sortent
de la terre, les autres de dessus les arbres, d'autres de dedans de vieilles
tours ruinées donnent la chasse aux républicains jusqu'à Aurai ville à
2 lieues de là. Hommes, femmes, enfants de tout âge viennent en foule
se jetter à nos pieds, implorent la divinité pour nos succès ... Vive
Dieu, Vive le Roi retentissent dans les airs ... vers midi arrivent quantité
de chouans pour se faire armer, vers le soir on en avait armé 3500 ..
le 28 arrivé de quantité de chouans pour se faire armer, meme joie, meme
dévouement. Le 29, envoi considérable d'affaires, viandes et vin envoyés
par les chouans à nos troupes. Le 31, on avait distribué 15.000 fusils
et habits complets. Le 1er juillet, l'alarme est assez grande, on dit
que les français approchent, si nous sommes attaqués, le rembarquement
est décidé par l'impossibilité de tenir. Le 2 nous marchons pour attaquer
la presqu'isle de Quiberon ... le 3 on se présente au fort de Sans-culotte,
autrefois le fort de Penthièvre, .. etc. .. La nuit du 20 au 21, à jamais
fatale à la noblesse française, une pluie affreuse se manifeste dans la
journée du 20; on a plus de sécurité, la nuit point de précautions, enfin
vers 11 heures les patrouilles devinrent fréquentes et nombreuses ...
mais hélas que cette sécurité fut perfide, toutes ces patrouilles n'étaient
que des républicains travertis en royalistes, ces petits corps se glissèrent
sans obstacle au pied du fort ... etc. .. etc ... les chefs ne donnaient
pas d'ordre on ne savait que faire. Il nous vint ordre à la compagnie
où j'étais attaché d'aller attaquer le fort ..; nous entrons douze, tuant
et massacrant tout ce qui se présente .. dix des miens furent tués, un
caporal et moi furent blessés tous deux au bras d'un coup de feu ... etc.
.. on fuit au bout de la presqu'isle, heureusement je monte dans un bateau
et je parviens à me sauver ..." |